« – Ça fait une semaine que je n’ai pas fermé l’œil.  Les pêcheurs m’appellent le hibou.
– Encore une semaine, et ils te mettront dans cette redingote de bois qu’on appelle affectueusement un cercueil.  Mario Jimenez, cette conversation est plus longue qu’un train de marchandises.  Au revoir.
[…]
– Poète et camarade, dit-il d’un ton décidé, c’est vous qui devez m’en sortir.  Vous m’avez appris à me servir de ma langue pour faire autre chose que de coller des timbres.  C’est votre faute si je suis tombé amoureux.
– Non monsieur !  Cela n’a rien à voir.  Je t’ai donné mes livres, mais je ne t’ai jamais autorisé à les plagier.  Tu as même trouvé le moyen d’offrir à Beatriz le poème que j’ai écrit pour Matilde !
– La poésie n’est pas à celui qui l’écrit mais à celui qui s’en sert !
– J’apprécie à sa juste valeur ce que cette phrase a de hautement démocratique, mais nous ne poussons pas la démocratie jusqu’à faire voter la famille pour décider qui est le père. »

– Antonio Skármeta, Une ardente patience.  Le facteur, pages 80-81.